13/10/2015

Préparation physique et dépassement de soi : à l’assaut du mont Chauve

Préparation physique et dépassement de soi : à l’assaut du mont Chauve

 

Par Michel Roelants, repris de "Axxon magazine".

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Il y a plus de 6 mois, Michel Roelants, a décidé de se lancer un défi un peu fou: gravir le Mont Ventoux à vélo, lui le cycliste du dimanche.

Voici le récit de son épopée.

 

Lorsque le club de cyclotourisme, l’Aurore-Cyclo, dont je fais partie a envisagé en octobre 2014 d'organiser une semaine dans le Vaucluse en juin 2015 avec comme ob­jectif l'ascension du Mont Ventoux, je me suis dit «Et pourquoi pas moi?». Tous les membres du club se sont alors retournés en s'exclamant «Toi, Michel?!? ». Il faut savoir que, si je suis affilié au club « Aurore Cyclo » depuis 8 ans, je ne sors que deux à trois fois par mois et ne roule qu'entre 40 à 60 kilo­mètres par sortie. Il s'agissait donc en effet pour moi d'un fameux challenge!

En janvier, j’ai pris contact avec mon ami et confrère Eric De Gunsch, qui me conseilla avant toute chose de passer un check-up cardiologique complet : pour se lancer dans une telle aventure à 56 ans, il faut prendre ses précautions afin d'éviter toute mauvaise surprise. Suite au feu vert du cardiologue. Eric me concocta un programme de travail par intervalles: je suis donc allé suer sur les appareils de son centre de remise en forme trois fois par semaine, avec pour consigne de maintenir mes pulsations cardiaques aux alentours de 150 bpm.

Rapidement, il s'avéra qu'il était plus raisonnable d'ajuster le programme à deux séances par semaine, en y ajou­tant une bonne sortie à vélo le di­manche: même en pleine phase d'en­traînement, la vie professionnelle et la vie de famille ne s'arrêtent pas! Etant quelque peu en surpoids, j'ai associé à mon programme un léger régime ali­mentaire dans le but de perdre environ 10 kilos en quatre mois.

Je souffrais chez Eric le lundi midi et le vendredi soir et je sortais à vélo chaque dimanche avec mes compagnons de club. Souffrir est le mot juste, en tout cas au début : pour tenir un effort de 240 watts après 20 minutes d'échauf­fement, je devais sérieusement pous­ser sur les pédales et je soufflais comme un vieux phoque! Au fil des semaines, l'entraînement commençait à porter ses fruits puisque j'allongeais à la fois mes séances d'intervalles et mes sorties dominicales (80 km).

Au mois d'avril, mes compagnons d'infortune et moi-même participâmes à des brevets à dénivelés d'au moins 1000 mètres d'ascension, afin de nous - préparer à affronter le géant de Provente. Mais à la mi-mai, c'est la catas­trophe: ma patte de dérailleur cassa et brisa mon cadre de carbone. Il me res­tait à peine 13 jours pour trouver un nouveau vélo et m'y habituer. Heureu­sement, mon fournisseur habituel possédait un vélo semblable au mien, avec l'avantage d'être doté d'une tech­nologie plus récente. J'ai pu le tester et l'adopter lors de ma dernière sortie: un brevet dans la province de Namur, où les pentes sont longues et raides (comme par exemple le mur de ta cita­delle). Avec ce nouveau vélo, je monte encore mieux et je me sens beaucoup plus fort et confiant. Avec 9.5 kg en moins, j'en étonnais plus d'un.

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Le grand jour arriva enfin: le 6 juin, avec 8 autres membres du club, nous partîmes pour te Vaucluse, dans un charmant petit village nommé Visan, à 40km du mont Ventoux. Le premier jour, petit parcours de 80km avec un col à 735m d'altitude, réalisé sans pro­blème tout en respectant mes limites et les consignes: ne surtout pas vouloir suivre le rythme des autres, mouliner sur mon petit plateau (30/32) et ne pas dépasser 150bpm. Sans oublier de ne pas hésiter à s'arrêter si le besoin s'en fait sentir.

L’alimentation est un paramètre pri­mordial lorsque l'on réalise de tels ef­forts: l'expérience m'a appris que, après un petit déjeuner bien structuré, j'avais besoin de consommer une barre énergétique toutes les 15 - 20 minutes pour garder le cap, en plus de boire régulièrement.

Pour braver le Mont Ventoux, la météo doit être clémente : pas de pluie et sur­tout pas trop de vent, qui peut souffler jusqu'à 300km/h au sommet! Condi­tions réunies le lundi, jour où nous dé­cidâmes de gravir le monstre de pierre. Parmi les trois chemins possibles, nous prîmes bien entendu celui consi­déré comme le plus aisé, démarrant à Sault et comptant 26 km d'ascension avec en moyenne 5% de dénivelé. Les 6 derniers kilomètres étant tes plus ter­ribles, avec des côtes de 6 à 10%.

Après un trajet en voiture pendant lequel je buvais les conseils de ceux qui, parmi mes compagnons, avaient déjà gravi ce col, nous voici enfin arrivés au pied du Ventoux. Après les encourage­ments de rigueur, rendez-vous fut fixé au chalet Reynart afin de faire un break avant les fameux derniers kilomètres.

Premiers coups de pédales donnés à 8h30, en respectant mes instructions : je roule à mon rythme, en laissant par­tir tout le monde. Les premières pentes sont déjà bien dures (6 à 7 %) et je m'octroie une première halte au 12ème kilomètre, mon cœur battant un peu trop rapidement. Si j'aperçois de temps en temps mes amis au début, je me retrouve rapidement seul mais conti­nue tranquillement à tracer ma route jusqu'à arriver au fameux chalet où, tout le monde m'attend gentiment.

Quelques photos souvenirs plus tard tout le monde se prépare à repartir, persuadé que j'allais en rester là. Mais sûr de moi, je réenfourche mon velo, prêt à attaquer les 6 derniers ki­lomètres du mastodonte. Pas un brin d'herbe, pas un arbre à l'horizon. Il est 11 h30 et te soleil cogne, ajoutant une difficulté supplémentaire - ce qui n'était pas nécessaire - à l'ascension de ces pentes de plus en plus abruptes.

L’allure est lente, mais régulière. Je rattrape Guy, le vieux briscard de notre bande qui, à 72 ans, a toujours bon pied bon œil. Nous nous arrêtons un instant, histoire de reposer notre cœur et, après trois haltes supplémentaires, j'aperçois enfin les derniers virages. Encore quelques pentes à 10% et j'au­rai réussi cette folie dont personne ne me croyait capable!

Sous les acclamations de mes amis, j'arrive devant ce panneau mythique : « Sommet Mont Ventoux - 1911m ». J'ai réussi! Je l'ai vaincu, le mont Chauve ! Mais j'avoue que la fatigue ne me permet pas de savourer pleine­ment ce moment inoubliable sur l'ins­tant même. Et puis, tout le monde est pressé de redescendre afin de parta­ger un repas bien mérité : après l'ef­fort, le réconfort! Ce n'est donc que le soir, en visionnant les films et les pho­tos, que je réalise totalement l'am­pleur de mon exploit.

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Le seul bémol de l'aventure fut la chute de l'un d'entre nous qui, après être re­monté sur son vélo et avoir encore gravi un col, dut se rendre à l'évidence une fois le pied posé à terre: il ne pou­vait plus marcher et a dû être rapatrié. Verdict : fracture du col du fémur. Fort heureusement, il va bien à présent et roule déjà à nouveau.

Pour conclure ce récit, j'aimerais parti­culièrement remercier Eric De Gunsch, qui m'a si bien préparé, ainsi que mes compagnons d'aventure qui m'ont tant encouragé et maintes fois attendus. Vi­vement l'année prochaine pour une nouvelle semaine de folie!

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