18/12/2010

La Guadeloupe 2010

La Guadeloupe 2010 (du 02 au 12 décembre 2010)


Récit de Alain Darville 

 

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Le soleil se couche sur le Volcan La Soufrière.

 


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Aller faire du vélo en Guadeloupe, l’idée semble un peu biscornue. Et pourtant nous l’avons fait et c’était une fabuleuse expérience. Mais pour ça, il faut pouvoir s’entourer d’une équipe formidable, l’équipe de Sport Azur (www.sportazur.com), à savoir Jean-Claude, Jean-François, Hervé, Dominique et Dominique. Ils nous ont conduits sur l’Ile aussi bien à vélo, en voiture qu’en bateau partout où cela valait la peine d’aller et toujours avec une joie et une bonne humeur communicative à tout le groupe.

Mais la Guadeloupe, qu’est-ce que c’est ? Finalement peu de gens savent où cette île se trouve, ni vraiment ce qu’on peut y faire. La Guadeloupe se trouve dans l’Archipel des Petites Antilles qui est composé d’un chapelet de petites îles telles Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Antigue, la Barbarde, la Dominique, la Martinique, Sainte-Lucie, etc… Ces îles se trouvent au nord du Venezuela entre le tropique du Cancer et l’équateur. Comme toutes ces îles se trouvent à la frontière de deux plaques terrestres, la plaque nord-américaine et la plaque caraïbe qui glissent l’une sur l’autre, cela provoque un volcanisme toujours actif sur ces îles.

La Guadeloupe est en fait composée de deux îles (d’où son surnom d’île Papillon). La première île, Basse-terre, d’origine récente (4 million d’année), l’île où se trouvent les volcans tel la Soufrière (1467m), toujours actif. Comme la chaîne montagneuse des volcans occupe tout le centre de l’île, seul le pourtour de l’île a pu être occupé par l’homme. La deuxième île, Grande-Terre est d’origine beaucoup plus ancienne (55 million d’année). Ce qui fait qu’elle est complètement érodée (135 m max d’altitude) et qu’elle est constituée d’une épaisse couche de dépôts calcaires dus à l’accumulation de formations coralliennes. C’est sur cette île que nous serons (Saint-François) et que nous allons rouler à vélo.

Naturellement le climat en Guadeloupe est assez chaud (+- 30°c) et humide. Le mois de décembre est le début de la saison sèche (le carême) qui se prolonge jusqu’en juin. De juillet à novembre, c’est la saison humide (l’hivernage). Comme nous sommes venus début décembre, l’hivernage hésitait encore à laisser la place au carême, ce qui fait qu’il a un peu plut.

Aller en Guadeloupe avec des vélos, s’apparente presque à une expédition. Il faut trimballer nos vélos dans d’immenses sacs. En plus des bagages normaux, cela fait beaucoup à transporter, surtout qu’il fallait partir de l’aéroport d’Orly via la compagnie Corsair Fly. Donc, c’est en voiture, sous la neige que nous sommes allés de Bruxelles à Paris. Et qui y allaient ? Isabelle, Isoline, Myriam, Umberto, Pietro, Freddy et moi. Mais seuls les trois derniers prenaient leur vélo. L’avion de Corsair Fly est un super jumbo 747-400 qui peut embarqué plus de 600 passagers. Quand il est plein, il pèse 350 tonnes au décollage. C’est assez impressionnant comme machine et ce qui est aussi impressionnant c’est le temps qu’il faut pour embarquer (enregistrement des billets, bagages, files, contrôles incessants) et pour débarquer (récupérations des bagages parmi des milliers d’autres). Comme nous ne sommes pas les seuls à aller en Guadeloupe faire du vélo, nous rencontrons à l’aéroport nos futurs compagnons de routes français. Avec Sport Azur, sont venus une dizaine de cyclistes et une petite dizaine de coureurs à pied. Ce qui fait que notre groupe sera composé d’une trentaine de personnes (avec les conjoints). Le voyage en avion dure une dizaine d’heures. L’avion fait une escale en Martinique pour débarquer et embarquer d’autres passagers. C’est long comme vol, et malgré que Corsair soit une compagnie régulière, la place dans l’avion est comptée.

Les journées en Guadeloupe durent 12 heures à peu près toute l’année. Il fait clair vers 6h du matin et noir vers 18h. L’aube et le crépuscule sont presque inexistants, ce qui fait que la transition entre le jour et la nuit est assez rapide et qu’il faut planifier les sorties l’après-midi en tenant compte de l’arrivée rapide de la nuit. Il fait donc noir lorsque nous arrivons à Pointe-à-Pitre (la Capitale). Le bus qui nous mène de Pointe-à-Pitre à Saint-François nous montre ce qui sera une constante toute la semaine : la circulation et les embouteillages. Je n’imaginais même pas qu’il y avait autant de voitures en Guadeloupe. Si chacun des 400.000 habitants de l’île a une voiture, effectivement cela pose un petit problème, vu l’exiguïté du territoire. L’hôtel est l’Hôtel Club Paladien à Saint-François. Rien à redire sur cet hôtel, les logements sont impeccablement entretenues (soit des appartements, soit de petites maisons), la nourriture est variée, abondante (pour un cycliste) et assez bonne. Mais c’est surtout la plage, le bar et la piscine qui rendent le séjour dans cet hôtel impeccable. Naturellement, début décembre, c’est le début de la saison touristique et l’hôtel n’était pas encore plein. Les soirées étaient parfois un peu tristounettes, malgré la bonne volonté des animateurs locaux. Mais le groupe de Sport Azur mettait parfois un peu d’ambiance, surtout le dernier soir.

Ce qui est aussi un peu déroutant, c’est le vacarme nocturne provoqué par les grenouilles et les criquets qui font chacun un bruit assez aigu et qui semblent se répondre l’un l’autre. Il faut absolument des bouchons pour les oreilles pour ceux qui souffrent du décalage horaire (5 heures) et qui veulent dormir.

Mettez le son à fond et écoutez (12 sec de ce bruit qui s'arrêtait vers 3h du matin pour recommencer l'après-midi):


Le bruit des grenouilles et criquets en Guadeloupe
 

 

Le matin, c’est la première sortie à vélo. Jean-Claude Bagot est là. C’est un ancien professionnel des années 80/90 qui met toute son expérience au profit des cyclos amateurs. Les vélos, il a fallu les remonter, regonfler les pneus (qui devaient être plats dans l’avion). Pietro a cassé une vis de fixation de sa potence, ce qui fait que nous ne pouvons pas partir. Jean-Claude fait un contrôle de tous les vélos, et nous donnera tout au long du séjours des conseils pour adapter nos positions sur le vélo (je peux presque tout changer), des conseils sur nos façons de rouler (je sais que je ne mouline pas assez), et des conseils pour l’entraînement et pour soigner la vélocité (une horreur, le vélo saute dans tous les sens) et la gainage (ça j’adore, on peut tirer d’énormes braquets). D’ailleurs depuis qu’il nous a expliqué ce qu’est le gainage je me suis ingénié à en faire presque tout le temps. Comme sur Grande-Terre, il y a peu de longues côtes mais que ce sont surtout de grosses bosses, beaucoup de montées pouvaient se faire sur le grand plateau.

Mais revenons à Pietro. Pour enlever la vis, nous faisons appel à l’homme à tout faire de l’hôtel qui vient « calmement » avec sa foreuse. Naturellement une mèche en aluminium ne résiste pas à la force de Pietro, et c’est tout penaud que repart notre homme avec sa foreuse dans une main et sa mèche dans l’autre. Finalement la potence a pu être retirée, une autre mise avec de nouvelles vis et nous voilà partis sur les routes de la Guadeloupe. Routes qui sont d’ailleurs assez bonnes, même si parfois un trou ou l’autre nous font penser à la Belgique.

En voyant les dimensions de ces îles sur une carte, je me demandais comment il était possible de faire de longues sorties à vélo. Et pourtant c’est tout à fait faisable, nous avons roulé plusieurs fois plus de 100 kilomètres.

Il faut d’abord s’habituer à rouler ensemble. Nous sommes 14 en tout. En retirant Pietro qui est au-dessus du lot, les autres cyclos sont à peu près de forces égales. Jean-Claude, Hervé, Pascal (un Guadeloupéen copain de Dominique, qui viendra rouler plusieurs fois avec nous) et Dominique nous encadrent. Le premier jour, c’est assez plat, nous allons à la Pointe-des Chateaux tout au bout de l’île. La chaleur tape, en plein soleil la température monte à 35°c, il faut boire beaucoup, et c’est ici qu’il faut dire que l’eau du robinet en Guadeloupe est tout à fait potable. La turista n’existe pas. L’eau est même plus douce qu’en Belgique. Elle vient de Basse-Terre, du sommet des volcans, là où il pleut 14 m d’eau par an. Il n’y a pas de calcaire, à la grande joies des femmes et des hommes (ceux qui ont des cheveux), qui avaient des cheveux tout doux.

A vélo en six sorties (+- 500 km) nous allons faire à peu près toutes les routes de Grande-Terre. Nous irons voir les Grands-Fonds, Morne-à-l’Eau et Vieux Bourg, nous roulerons jusqu’à la Pointe de la Grande-Vigie (où l’Océan Atlantique se déchaîne sur l’île) en passant par Le Moule, nous irons vers Port Louis et nous ferons les Pyrénées en revenant de Les Abymes. Avec tous ces noms, c’est déjà tout un programme. Et c’est superbe, un vrai régal de rouler en Guadeloupe, les gens sont sympas, les voitures bloquées parfois derrière nous ne s’énervent jamais, nous les faisons passer dès que nous pouvons. Bon naturellement tout le monde n’est pas riche en Guadeloupe. La vue de superbes maisons est vite remplacée par des maisons qui ne sont pas loin d’être des taudis. Les vaches et chèvres locales sont toutes enchaînées et solitaires. Parfois un garde-bœuf (l’oiseau) les accompagne. Les champs de cannes à sucres sont omniprésents. La canne à sucre qui permet de faire le Rhum, que nous avons bien sur goûté nature (c’est assez hard) ou adouci avec diverse substances sucrées.

Il n’y a pas de longues montées, mais il y en a quelques unes assez corsées. Mon record : 23% sur 250 mètres dans la zone des Pyrénées, 15% sur 400 mètres pour atteindre la Pointe de la Grande-Vigie. Pour le reste rien de méchant, ça va vite et les finales se font toujours à tombeaux ouverts. Pietro et Hervé ont du se mesurer plus d’une fois. Hervé n’est pas n’importe qui. Il a été Champion du Monde de Triathlon 2006, catégorie Vétéran. Il n’a pas perdu grand-chose depuis.

Les Grand-Fonds sont sans doute un des plus beaux endroits de l’Ile. Avec une altitude de +-10 mètres, la végétation est luxuriante et tout à fait différente d’ici. Mais comme ça roule vite, il faut un œil fixé à la route et l’autre qui admire toutes ces belles choses.

Le troisième jour, c’est le drame. En revenant de Les Abymes, Martine tombe et reste inconsciente quelques instants en plein milieu de la route. Personnes ne sait très bien ce qu’il faut faire. Pierre le canadien et Franck le breton s’occupent de leur mieux de Martine qui saigne abondement à la tête et qui à mal à l’épaule et au bras gauche. Dominique appelle l’ambulance/pompier qui mettra ¾ heures pour arriver. Tout le monde est un peu choqué. Pietro s’occupe de Christian qui en tombant sur Martine, s’est arraché la peau du coude et du genou. Sous les tropiques il faut soigner et désinfecter le plus vite possible. En plus il faut aussi s’occuper d’une jeune Guadeloupéenne qui en voyant le sang sur la route, tombe dans les pommes. Nous essayons aussi de régler la circulation, car pas de chance, nous sommes près d’une carrière, et de gros camions passent sans arrêt à 50 cm de la tête de Martine (mais au ralenti). Martine sera emmenée à l’hôpital de Pointe-à-Pitre, nous continuons à vélo un peu groggy jusqu’à l’hôtel. Martine reviendra deux jours plus tard à l’hôtel finir son séjour. Le bras en écharpe, l'épaule est cassée et une grande cicatrice au front. Elle se fera opérer en France après son retour.

Le quatrième jour, c’est la pluie. Une pluie comme en Belgique. Continue, pas trop abondante, avec beaucoup de vent. Mais il fait encore 25°. Ce qui fait qu’on roule sans coupe-vent, avec seulement un cuissard et un maillot (un chandail pour les canadiens) et qu’on n’a pas froid. Par contre quand il pleut, nous prenons la couleur locale. Nous finissons tout noir. Je n’ai jamais été aussi sale même en Belgique après être sorti sous la flotte. Et les vélos ont finis sous la douche (une horreur). Et en plus les routes deviennent terriblement glissantes. Comme elles sont assez lisses, les pneus zippent assez souvent, même en montée il faut parfois rester sur la selle.

Ensuite, le temps change, il fait beau la journée, il pleut la nuit jusque 07h45. Comme nous partons à 08h, il n’y a rien à redire, c’est parfait. La pluie alors, n’était plus une petite pluie douce, mais carrément les chutes du Niagara façon Guadeloupe. A vélo la–dedans nous aurions finis noyés.

Le dernier jour, nous faisons nos adieux à la Guadeloupe, une petite larme à l’œil. Il faut dire qu’à la Guadeloupe, il y a énormément de cyclistes. Beaucoup de locaux font du vélo de course, et à partir de janvier, il y a régulièrement des courses. Ceux-ci venaient de temps en temps rouler avec nous, et ce sont de sacrés gaillards. Souvent des montagnes de muscles qui tirent des braquets encore plus gros que les miens. Jean René Bernaudeau est aussi venu rouler avec nous. C’est aussi un ancien professionnel des années 80, très sympa. C’est un copain de Jean-Paul, et il est actuellement directeur de l’équipe pro BBox (sans doute EuropCar en 2011).



Mais il n’y avait pas que le vélo...


Nous avons été en Kayak sur la mer (à Goyave sur Basse-Terre), et nous avons remonté une rivière au cœur des mangroves. C’était une très belle expérience, les bras s’en souviennent encore. Pas facile de pagayer droit. Les petites vagues font ballotter l’embarcation, et c’est crispé que je fais avancer le tout.  Freddy n’a pas pu s’empêcher de faire une visite approfondie de l’eau de la mangrove en essayant de me pousser, moi et mon petit kayak instable. Pas de photos, et c’est dommage, les appareils étant restés au port.

Nous avons été à Petite-Terre en catamaran voir les Iguanes, les Requins et les Raies. C’était sans doute la plus belle journée du séjour. Petite-Terre est une petite île à +- 15 km de Saint-François. Il n’y a pas d’habitant. C’est une réserve naturelle contrôlée et seul un nombre limité de touristes n’est admis en même temps. Les Iguanes sont les rois de l’île ; Ils sont entre 10000 et 14000 et il y en a partout.

Aller là-bas en catamaran est un vrai plaisir, nous nous laissons aller calmement sur la mer, portés par le vent. Comme la mer était calme, ce qui n’a pas été tous les jours le cas, personne n’a eu le mal de mer. Sur l’île nous avons eu droit à un super barbecue avec du rhum. L’après-midi, c’était avec masques et tubas la visite du lagon, à la recherche des poissons, raies et requin. Visiblement c’est Freddy qui a fait le plus de découvertes.

Nous avons été visiter Basse-Terre (l’autre Ile), voir les palmiers géants à Capesterre Belle Eau, pique-niquer à Trois-Rivières où se trouvent les plages de sables noirs. Mais pas de chance, la veille, une petite tempête a transformé la plage en dépotoir. Nous avons été visiter le marché de Basse-Terre (la ville), marcher dans la ville et s’imprégner un peu de la couleur locale. Nous avons vu les pêcheurs vendre leurs poissons et leurs langoustes géantes, et nous avons terminé par la visite de la Cascade aux écrevisses. Dans les hauteurs des volcans, sous une végétation luxuriante et somptueuse, une cascade débouche sur un tout petit étang où peuvent se baigner les nageurs qui n’ont pas froid aux yeux (et au reste).

Sur Gande-Terre, nous sommes allés visiter une distillerie de Rhum à Le Moule, où chacun a fait une provision de boissons alcoolisées. Et ensuite, nous avons été voir un cimetière. Un cimetière ? Et bien, les cimetières en Guadeloupe sont tout à fait différents de l’Europe. Les Guadeloupéen semblent attacher beaucoup d’importance au culte des ancêtres. Ce sont tous des caveaux, visiblement fait pour durer l’éternité (pas comme les maisons), tout de blanc et de noir (Parfois avec un peu de rose et d’orange). Visiblement en Guadeloupe les gens attachent plus d’importance aux tombes qu’à leur lieu de vie sur terre (http://www.guadeloupe-fr.com/magazinedestinationguadeloup...). Dans un autre registre, c’est un peu la même chose pour leur voiture. Un taudis et un magnifique 4x4 garé devant.

Et pour finir le dernier jour, ceux qui le voulaient, ont été se baigner à Deshaies, où se trouve sans doute la plus belle plage de la Guadeloupe (à Basse-Terre). Mais où les vagues en venant s’abattre sur la plage sont assez impressionnantes. Elles montent à +- 2/3 mètres de haut, avant de se fracasser sur le sable. Sur le sable, c’est aussi bien que dans l’eau, la vue est plus belle. Après quelques réglages, je me suis mis là où les vagues viennent mourir. Pendant ¾ heures, pas de problème, le spectacle est impressionnant, quelques intrépides restent dans l’eau. Et puis juste avant de partir, une vague plus forte que les autres a tout submergé, sacs, vêtements, essuies et mon appareil photo. La carte mémoire a résisté mais pas l’appareil.

Le samedi, jour du départ, il faut tout remballer, repartir à l’aéroport, regrimper dans le jumbo, qui va transporter, tous compris, 675 personnes et va me permettre de battre mon record de vitesse sur terre/mer/air : 1027 km/h. A cette vitesse, en sept heures nous sommes à Orly, où il ne fait pas trop froid (5°), mais où il fait tout gris. Bonjour l’Europe, mais en Belgique le soleil fait son apparition... avant la neige et le froid.

 

C’était un voyage vraiment inoubliable. Il aurait été parfait sans l’accident de Martine. La bonne humeur et la bonne entente auront été omniprésentes. L’équipe de Sport Azur a toujours fait ce qu’il fallait en toutes circonstances. La Guadeloupe est vraiment un bel endroit pour passer des vacances réussies. Pour y habiter, c’est une autre histoire. Il faut aimer la chaleur et l’humidité.

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